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Réflexion: Vêpres (Javier Maria Pose - Argentina) Pendant la célébration du baptême, il y a un rite qui me semble très significatif. C’est le moment où le prêtre, se rappelant du miracle de la guérison du sourd-muet, touche les oreilles et les lèvres du nouveau baptisé et demande au Seigneur qu’Il lui accorde la possibilité d’entendre sa Parole et de dire sa profession de foi. Car, il n’y a pas de vie chrétienne sans l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme il n’y a pas de vrai chrétien s’il n’y a pas de témoignage et d’annonce de la Bonne Nouvelle reçue. Chaque année, pendant le Carême, nous sommes invités à renouveler notre écoute et notre mission de messagers de la Parole qui constitue le cœur de notre vocation dominicaine. La liturgie de l’Eglise nous le redit avec une emphase particulière par les versets du psaume de l’Invitatoire . « Aujourd’hui, écoutez la voix du Seigneur, n’endurcissez pas votre cœur. » Ecouter la voix du Seigneur signifie sortir de notre indifférence et de notre rébellion, ouvrir à son dessein d’amour et accueillir l’invitation à entrer en communion avec Lui. Pour que cet appel atteigne vraiment l’humanité, Dieu envoya son Fils dans le monde pour que sa voix résonne dans notre propre langage – si l’on peut parler ainsi –, pour que nous écoutions sa voix. Jésus lui-même est la Parole de Dieu, son Verbe, le secret du Père qui s’est manifesté à nous. Il est la Lumière et la Vie pour tous. Comme nous l’avons entendu dans l’Evangile d’aujourd’hui : l’heure est venue pour les morts d’écouter la voix du Fils de Dieu et ceux qui l’entendront, vivront. C’est la voix du Pasteur qui connaît ses brebis et les appelle par leur nom, la voix du Maître que nous invite à le suive, la voix de l’Epoux qui cherche sa bien-aimée. C’est le Fils qui appelle ses frères, qui en accueillant sa Parole et en recevant son Esprit, à devenir, en vérité, des fils de Dieu. Parce que la Parole du Seigneur nous donne la vie et la vie en abondance. La vie nouvelle, vie de grâce, joyeuse dans l’expérience de la miséricorde de Dieu, dans la fraternité, dans la mission partagée. N’est-ce pas l’expérience que nous vivons dans nos communautés ? N’est-ce pas ce que nous expérimentons ici, dans la rencontre mutuelle en nous reconnaissant frères et sœurs ? Mais nous savons aussi que cette Vie nouvelle nous ne la possédons pas entièrement. Nous sommes fragiles et nous avons un trésor dans des vases d’argile. Nous suivons tout en étant faibles et pécheurs au sein de nos communautés dominicaines. Cela fait partie de l’admirable et mystérieuse pédagogie de Dieu avec son Peuple à travers laquelle on peut percevoir sa patience infinie qui respecte notre rythme parfois bien lent et pesant. Notre liberté, pas toujours victorieuse, fait ainsi son chemin vers la plénitude de vie et d’amour à laquelle Dieu nous appelle. Mais c’est seulement à la lumière de la vie que sera la résurrection que nous pouvons comprendre notre vocation qui se réalise déjà maintenant par le mystère de la grâce qui est une semence de la gloire. Ainsi, chaque vois que nous faisons un pas vers notre conversion, chaque occasion dans laquelle nos péchés nous sont pardonnés par le ministère de l’Eglise, chaque jour qui nous rend plus libre pour notre mission, c’est là où le Seigneur nous envoie. C’est la voix du Fils qui nous convoque et le pouvoir de sa résurrection que se manifeste en nous. Comment faire pour toujours voir l’Eglise, l’Ordre, nos propres communautés, même nos amis à la lumière de la vie, de la Résurrection ? Nous avons besoin de nous laisser attirer tous les jours plus profondément par la voix du Seigneur, l’écouter dans notre cœur. Pour cela, il nous manque une attitude d’écoute vigilante, de silence, de discernement. Ne courrons-nous pas souvent le risque de l’agitation, de la fatigue et de la dispute entre nous quand nous n’écoutons pas cette voix ? En revanche, quelle fécondité, quelle plénitude de vie quand nous écoutons et nous nous écoutons, quand nous accueillons ensemble la volonté du Seigneur ! Jésus dit : les morts écouteront Cela semble contradictoire : les morts n’entendent plus, mais c’est la réalité plus profonde de la conversion qui est le passage de la mort à la vie. Il faut mourir pour entendre la voix du Fils de Dieu. Il faut savoir mourir. Cela signifie une pauvreté radicale, condition pour une écoute authentique et une disponibilité effective pour recevoir le message. Ainsi, nous écoutons la voix du Fils de Dieu quand nous acceptons d’entrer dans un chemin de pauvreté et d’abandon, quand nous savons mourir à nous-mêmes et aux idoles qui nous donne une sécurité, mais qui nous bouchent les oreilles et nous ferme notre cœur. Mais la Parole du Seigneur a le pouvoir de nous donner la vie. Nous savons que nous entendons sa voix quand nous optons pour la miséricorde et le pardon, pour la vérité et la cohérence, pour la paix et l’unité. La première règle des laïcs dominicains les appelaient l’Ordre de la Pénitence de S. Dominique. Ce nom antique désigne une réalité très profonde : la condition de vie et de rénovation pour chaque chrétien et, en particulier, pour tout prêcheur. Que signifie faire pénitence, si ce n’est de convertir son cœur et de s’ouvrir à l’amour de Dieu ? C’est la finalité de la prédication de Jésus : se convertir et croire à l’Evangile. N’est-ce pas la tâche de toute une vie ? Une fois de plus, nous sommes invités à écouter la voix du Seigneur. Je suis convaincu que la finalité primordiale de chaque communauté, de chaque fraternité, c’est justement d’être une école à l’écoute de la Parole, un espace privilégié où chaque frère et chaque sœur trouve l’aide et la stimulation pour que la Parole semée en son cœur puisse grandir et donner un fruit abondant de sainteté, de témoignage et d’évangélisation selon la vocation de chacun. Bien plus, je m’aventurerai à dire que chaque Conseil provincial, le Conseil international et chacune de nos rencontres devrait être des espaces dans lequel nous exerçons l’ouverture des yeux et des lèvres afin que la Parole du Seigneur puisse développer toutes ses virtualités en surpassant tous les obstacles. A partir de là, un hymne de louange et d’action de grâce pourra retourner vers le Père, comme nous le faisons, d’une certaine façon, dans chaque eucharistie, mémorial de la Pâque du Christ, signe et anticipation de la Vie de plénitude qu’Il nous offre. Je ne doute pas que durant ces jours de grâce, la voix du Seigneur résonnera avec vigueur dans ce Congrès international. Laissons-Le ouvrir les oreilles de notre cœur pour accueillir sa Parole de Vie. Que, à partir de la diversité de nos réalités et cultures, cette Parole se convertisse en message de salut pour le monde en suivant les pas de S. Dominique, prédicateur de la grâce. Parce qu’en écoutant sa voix, Il ouvre aussi nos lèvres et nous donne la joie de pouvoir annoncer à nos frères la Bonne Nouvelle que nous avons entendu.
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